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Cette page a pu être réalisée grâce à Madame Saint-Jean, du Pertuis, qui nous a ouvert ses archives et nous a permis de profiter de ses précieux et instructifs documents.
Chers visiteurs de notre site Web, vous allez être surpris. Dans l'inventaire de notre patrimoine nous faisons figurer la langue que nous parlons. Il n'est pas question ici de vous assommer sous de savantes considérations de sémantique, de phonétique, d'étymologie, de linguistique et que sais-je encore. Soyons simplement fidèles à l'objectif essentiel de ce site énoncé en page d'accueil : "vous aider à faire connaissance avec nous, avec notre commune et avec notre pays".
Pour nous comprendre, donc, sachez d'abord que tout le monde ici parle français (Pas de sourires narquois SVP. Beaucoup de localités , soit-disant "à la page", ne peuvent pas se prévaloir d'autant !). MAIS sachez aussi que certains mots et expressions n'ont pas ici exactement le même sens qu'ailleurs dans le pays, c'est ce qu'on pourrait appeler le "Franco-Vellave". Sachez enfin que beaucoup de Pertuisiens parlent aussi le patois.
Commençons par le "Franco-Vellave". Les renseignements dont nous vous faisons profiter ont été publiés dans L'EVEIL ; ce journal explique qu'il a pu mettre la main sur une étude réalisée il y a plusieurs années par un groupe de maîtres stagiaires à L'Ecole Normale du Puy. Voici donc un certain nombre de "traits propres au français tel qu'on le parle en Velay".
1/ Verbes français
ayant, en velay, leur propre régime ou signification
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aider à : comme dans le français de Vaugelas, "aider" se construit en Velay avec un double datif ; on dit : "aider à quelqu'un à faire quelque chose" par exemple : "Je lui aide à apprendre ses leçons", au lieu de "je l'aide à apprendre".
Dîner : comme au grand siècle, s'emploie pour "déjeuner". En Velay, on déjeune le matin, on "dîne" à midi, on soupe le soir.
Ecarter : "écarter le linge" pour étendre le linge ; "écarter le fumier" pour épandre le fumier.
Eclairer : pour "allumer" . On dit "éclairer le feu".
Faire : Trois
tournures propres au velay:
- a- s'emploie avec "ça" dans le sens de convenir, être
convenable: "ça fait, ça fait pas" pour
ça convient, ça ne convient pas . Exemple :
"ça fait pas de laisser les vaches au pré la
nuit".
-b- avec le sens de croître, pousser : "ça finira bien par faire" pour ça finira bien par pousser.
-c- avec le sens d'exercer une profession : "mon frêre veut pas faire le paysan".
Faire passer : pour passer, principalement à table : "fais-moi passer le sel" pour passe_moi le sel. ("fais-moi passer est ressenti par le locuteur vellave comme un ordre adouci, l'équivalent du français standard, voudrais-tu me passer)
Faire flic : ennuyer (familier) ; " i m'fait flic, cui-là avec son chien qui pisse partout".
Habituer : s'emploie transitivement avec le sens de s'habituer à : "les élèves m'ont bien habitué maintenant" pour : les élèves se sont bien habitués à moi maintenant.
S'oublier : au sens de laisser passer l'heure du réveil, ne pas se réveiller à temps : "Excusez-moi d'arriver en retard, je me suis oublié" pour je ne me suis pas réveillé à temps. (En français standard, "s'oublier" employé de cette façon signifierait "faire ses besoins où il ne faut pas, dans son lit, ou sur soi."
Plaindre : pour mesurer, dispenser chichement quelque chose : "Eh alors ! tu m'plains la soupe aujourd'hui ?" pour tu me sers parcimonieusement, tu m'en donnes peu.
Plier : pour envelopper : "le disque que vous venez d'acheter, je vous le plie avec du papier-cadeau ?" (Ce sens de de "plier" vaut pour tous les pays de langue d'oc, mais il passe mal ailleurs, ou n'est pas compris.)
Se ramasser : pour rentrer chez soi : "Cest à ct'heure que tu te ramasses ?".
Savoir : s'emploie dans deux sens différents :
-a- "savoir mal" pour ne pas convenir, contrarier : "Ca sait
mal de danser quand on est en deuil" pour ce n'est pas
convenable... "Il n'a pas dit bonjour, ça m'a su mal"
pour ça m'a contrarié.
-b- "savoir bon" pour convenir : "ça sait bon"
ça fait plaisir.
Tâcher moyen de : En Velay signifie : faire en sorte que, essayer de : "Oh ! mais celle-là, j'la soigne pasqu'è tâche toujours moyen de m'empatafiouler" pour Oh ! mais celle là, je la surveille parcequ'elle essaie toujours de m'embobiner.
Tirer : "tirer une vache" pour traire une vache.
.. . sans prétention d'exhaustivité.
Déparler : pour divaguer, dire n'importe quoi.
Déprofiter : pour gâcher, abîmer ; s'emploie souvent avec "laisser" . "Tu ne vas pas laisser déprofiter ce pain-là" pour "Tu ne vas pas laisser perdre ce pain-là". Celui ou celle qui abîme tout est un grand déprofiteur ou une grande déprofiteuse..
Se fioler ou s'enfiouler : s'enivrer.
Artisou : acarien de certains fromages : très petite araignée qui vit dans la croûte et permet au fromage de prendre une saveur recherchée des amateurs.
Babe / Babet : pomme de pin.
Babelle : pomme de pin allongée
Bacha / Bachat : le bassin de la fontaine, l'abreuvoir..
Balai : genêt. Le mot est d'origine celte. C'est le balai / genêt qui a donné son nom au balai à balayer, et non l'inverse.
Barade : vache qui a des taches blanches sur une robe caramel.
Bartavet : le babillard du moulin
Besseigne / Bisseigne / Beausseigne : exclamation marquant la compassion, l'équivalent de "le pauvre" ou "pauvre petit !"
Biche : pot à lait ou à beurre, en terre.
Boudingade : plat associant pommes de terre, pommes et boudin. (très apprécié)
Bouirade : travail collectif des champs , requérant une grande quantité de participants, et le bon repas qu'on fait à cette occasion.
Bourrer : dans l'expression "y bourrer" : ne pas y arriver. "J'y bourre" pour je n'y parviens pas.
Burle : vent violent des plateaux qui fait tourbillonner la neige.
Burler : "ça burle" = la burle souffle.
Caille : la truie. S'emploie aussi pour désigner une femme peu sérieuse. En ce sens, le terme sert d'injure.
caillou : le porc.
Coudert : le communal du village
Courater : conter fleurette ; fliter. "Il passe son temps à courater" . Si une jeune fille courate, elle flirte. Si une femme mariée courate, elle trompe son mari.
Daille : la faux.
Douguer : Donner des coups de corne, en parlant d'une vache.
Les esclots : les sabots.
Les estrissous : le "travail" à ferrer les vaches.
Fenestrou : petite fenêtre.
Feneïre : grenier à foin.
Filha : le gendre.
Filhade : La bru.
Gandouse : poubelle ; dépôt d'ordure.
Garne : ramille sèche de sapin. Les garnes servent à allumer le feu.
Machurer : salir.
Maronner : Même sens qu'en français :maugréer. Exprimer sourdement son dépit.
Matefain : sorte de crêpe épaisse.
Moure : museau, mufle. Mais s'emploie avec un sens à peine élargi pour les gens : "ça burlait à vous couper le moure".
Pache : le contrat oral ; le marché est conclu. "faire la pache" c'est se frapper dans la main en signe de marché conclu.
Paillas : natte grossière ; c'est la corbeille pour mouler la pâte à pain..
Patouille : la boue. "Les enfants, ça aime marcher dans la patouille".
Pattaire : le chiffonnier, brocanteur.
Patte : chiffon (en français : patte-mouille).
Pestenailles : carottes . On parle aussi de racines rouges ou de racines )
Petas : petit morceau de tissu régulièrement découpé.
Petasser / Rapetasser : rapiécer, raccomoder.
Pignon : meule de gerbes.
Roudet : le rouet du moulin
Sarrassou : sorte de fromage blanc, maigre, qui se mange souvent assaisonné à l'aïl.
Sibérer : il souffle un vent glacé qui fait courir la neige au ras du sol.
Souillarde : pièce souvent exposée au nord, attenante à la cuisine, éclairée par un "fenestrou", où l'on entrepose les produits laitiers.
Souche : pin noueux, tors, qui pousse dans les terrains rocheux.
Poutou : un baiser.
Pragnière : la sieste.
Rase : un ru, un mince cours d'eau qui serpente à travers les prés, par exemple à la fonte des neiges.
Trifole : pomme de terre.
4/ Autres spécificités.
Ca : proforme équivalente au français standard : les choses, les affaires, le bien (de quelqu'un) ; "c'est ça de mon père" = cela appartient à mon père. "c'est ça mien" = c'est mon bien.
mieux : systématiquement employé pour "plus" devant un adjectif ; "je vais en faire un peu mieux" = je vais en faire un peu plus.
A quand : interrogatif pour "quand" est très fréquent mais choque une oreille non vellave ; " A quand partirez-vous ?" "J'sais pas a quand on ira voir la tante Marie". ( Le français standard n'emploie "a quand" que pour introduire une proposition interrogative normale, sans verbe : "à quand notre prochaine rencontre ?").
Que : s'emploie pour "seulement" au sens temporel : "j'arrive que" = je viens d'arriver. "je mange que et je pars" = je mange et je ne fais rien d'autre, puis je pars.
Y a que si : sauf si, à moins que. "j'irai au bal, y a que si mon père veut pas" = ... à moins que mon père ne veuille pas
le passé surcomposé : Il existe en français, normalement, pour indiquer, au passé, une action achevée, antérieure à une autre action, également au passé : "quand il a eu fini de dîner, il a débarrassé la table". Mais on l'emploie fréquemment en Velay pour marquer un état, une action , révolus, sans nuance d'antériorité relative dans le passé : "mon frêre n'est pas paysan, mais il l'a eu été" .
Et voilà ! Maintenant vous avez les clés de notre langue ; tâchez moyen de suivre une conversation ; il y a effectivement de quoi surprendre ceux qui arrivent que dans ce pays mais c'est tellement authentique !
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